A bâton rompu avec Mme Kané Nana Sanou : l’impact de la loi 052 lors des législatives de 2020

 A bâton rompu avec Mme Kané Nana Sanou : l’impact de la loi 052 lors des législatives de 2020

Nana Sanou au centre, lors du débat sur la loi 052 organisé par Intenews

Les dernières élections législatives étaient beaucoup attendues par les acteurs et défenseurs de la cause des femmes puisqu’elles devaient permettre de mesurer le niveau d’engagement des autorités maliennes pour le respect de quota de 30 % au moins. C’était également l’occasion de mesurer son impact en terme de femmes députés élues à l’Assemblée Nationale.  Femmeplus a rencontré Mme Nana Sanou, membre du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires pour faire le bilan de l’application de la loi sur le quota.

Femmeplus : Rappellez-nous brièvement, l’essentiel de la loi 052

Nana Sanou : la loi 052 est une mesure pour promouvoir le genre ; le genre veut dire aussi bien l’homme que la femme. Elle a été adoptée en 2015.

Elle s’applique aussi bien aux postes nominatifs qu’électifs.

Par rapport aux élections, il est dit qu’aucune liste ne doit comporter plus de 70 % de l’un ou l’autre sexe. Donc, on n’a pas dit femme mais l’un ou l’autre sexe.

Pour les postes nominatifs, il y’a des structures qui ne sont pas concernées comme les institutions.

Femmeplus : Comment la loi 052 été appliquée lors des élections législatives de 2020 ?

Nana Sanou : lors des dernières élections législatives, on peut dire que la loi a été convenablement appliquée parce qu’un des articles de la loi va jusqu’à déterminer, par rapport aux élections, en disant que si deux sexes se suivent, la 3e doit être de l’autre sexe. Ça veut dire que quand on met 2 femmes de 3 personnes, la 3e doit être un homme. Et si nous regardons les listes de candidatures d’une façon générale, la loi a été respectée ; en tout cas à partir de 3 candidats. Peut- être les listes où il y’a 10 ou 15 candidats.

Et si nous regardons les listes de candidatures d’une façon générale, la loi a été respectée ; en tout cas à partir de 3 candidats. Peut-être pas sur les listes où il y’a 1 ou 2 sièges.

Femmeplus : quel était l’objectif des organisations de femmes pour ces élections législatives ?

Nana Sanou : d’une façon générale c’était l’application effective de la loi 052 parce que la loi a été votée en 2015 ; les premières élections qu’on a eue c’était les municipales. Effectivement, on a vu que ç’a été appliqué parce qu’on a eu 21 ou 28 % de femmes conseillères. Le plus grand combat des associations des femmes c’était l’application de la loi.

Femmeplus : comment avez-fait pour contrôler le respect du quota au moment du dépôt des listes de candidatures ?

Nana Sanou : si vous me le demandez en ma qualité de membre du réseau des femmes africaines ministres et parlementaires, nous avons travaillé avec le réseau des jeunes femmes leaders grâce à l’accompagnement du National Démocratie Institut (NDI). Nous avons pratiquement couvert les 64 cercles par rapports aux élections législatives. Chacune de nous avait 32 cercles. On a désigné des points focaux qu’on a formés sur la loi 052 dans ces cercles. Leur mission était de vérifier, de s’assurer que la loi a été appliquée au moment des dépôts de candidatures au niveau de leurs cercles. Les différents points focaux nous ont relayé les informations et nous ont envoyé les fiches. C’est comme ça qu’on a fait un suivi rapproché au moment des dépôts des listes de candidatures.

Femmeplus : quels constats avez fait lors des campagnes électorales de 2020 ?

Nana Sanou : on sait que la loi interdit de faire des tee-shirts, de confectionner des pagnes. Donc actuellement, les candidats ou ceux qui ont les moyens distribuent de l’argent aux personnes, aux associations et groupement de femmes, de jeunes.

Malheureusement, cette fois-ci en plus le coronavirus a un peu perturbé la campagne électorale.

Si ce n’était pas à cause de la loi 052, les femmes étaient très mal parties cette fois-ci, parce que si nous disons que les femmes sont les plus pauvres parmi les pauvres, et que c’est l’argent qui joue pendant les campagnes électorales, ça peut facilement défavoriser les femmes.

La mise en œuvre de la loi 052 nous a permis d’avoir le score qu’on a obtenu. Quand la liste passe, obligatoirement la femme passe.

Donc pendant la campagne des élections législative de 2020, l’argent a beaucoup joué.

Femmeplus : comment les femmes ont-elles été impliquées dans la supervision des législatives 2020 (chefs de centre, délégués, etc.)?

Nana Sanou : Vous parlez plutôt des délégués et des présidents de bureau qui sont des agents électoraux. Pour le moment, je ne peux pas trop me prononcer sur cet aspect. Je vais juste dire mes constats dans quelques bureaux que j’ai pu visiter le jour du vote. Actuellement, il y’a une étude en cours pour voir effectivement l’application de la loi 052 pendant les élections et dans tout son ensemble ; aussi bien les candidatures, les agents électoraux (les délégués, les observateurs) pour voir effectivement si les femmes ont été impliquées à tous ces niveaux.

Je peux dire quand même, qu’il y’a très peu de femmes qui étaient déléguées des partis politiques. Avec le résultat de cette étude, on verra si les femmes étaient impliquées.

Femmeplus : les femmes étaient-elles impliquées au niveau de l’observation électorale ?

Nana Sanou : personnellement, je n’étais pas impliquée ! Mais je fais partie d’une structure qui était impliquée dans l’observation électorale.

Femmeplus : Comment appréciez-vous ce résultat ?

Nana Sanou : pas mal parce que ça nous donne à peu près 28 %. Personnellement, je pense que ce n’est pas mal pour un début parce que la loi vient d’être appliquée pour la première fois pour les législatives. Peut-être d’ici 5 ans, nous pourrons atteindre 50 femmes ou plus.

Femmeplus : quelles sont les leçons que vous avez tirées de ces législatives ?

Nana Sanou : les leçons qu’on tire en tant qu’association féminine, c’est que nous devons nous attelons davantage à la formation des femmes parce qu’on se rend compte que les 41 % femmes députés qui sont là ont besoin de renforcement de capacités. Donc, ça veut dire qu’il faut, en amont, travailler à cela. C’est la leçon principale que je tire de ces femmes qui sont élues aujourd’hui.

Femmeplus : qu’avez-vous fait pour les circonscriptions où il ne faut qu’un ou deux candidats ?

Nana Sanou : c’est un débat qui est en cours. Mais personnellement, j’ai toujours dit que la loi est très claire, elle dit là où il y’a 3 sièges, en ce moment on ne négocie pas, il faut appliquer la loi. Quand on a moins de 3 députés, il faut négocier.

Là où il y’a un siège, il y’a trois ou quatre partis qui ont présenté des candidates. Les circonscriptions avec 2 sièges aussi, des partis ont présenté des femmes candidates ou sont allées dans la parité.

Femmeplus : Faut-il revoir la loi 052 pour prendre en compte cet aspect ?

Nana Sanou : dans l’avenir, il faut le faire parce que depuis 2007 les femmes maliennes se battent pour avoir un quota et c’est en 2015 qu’on a pu l’avoir.  Allons, d’abord, à l’application de que nous avons, le décret d’application est très clair qui dit que cette loi doit même appliquée aux organes et à des institutions.

C’est là où on par exemple l’Assemblée Nationale n’a pas respecté la loi 052 en mettant le bureau en place parce que le bureau est concerné par la loi 052.

Appliquons cette loi et voyons ce qu’il faut changer.

Chaque fois qu’on a parlé de parité, les députés ont rejeté notre proposition, ça veut dire qu’aujourd’hui la mentalité malienne n’est pas prête de recevoir encore cette question de parité. Travaillons au respect de ce quota de 30 % et on verra. C’est dans le futur que les femmes elles-mêmes voulant s’imposer. Peut être que les choses iront d’elles-mêmes avec une ou deux élections encore.

Femmeplus : si l’Assemblée Nationale du Mali était dissoute, les femmes reprendront la campagne pour l’application de la loi 052 ?

Nana Sanou : il faut qu’on continue la sensibilisation pour que la loi soit effective ; qu’on négocie aussi là où il y’a trois siège avec les partis politiques. Donc si toutefois les élections doivent être reprises, il faut reprendre encore le travail.

Femmeplus : il apparait que l’application de la loi 052 laisse à désirer pour les postes nominatifs, quelle est la stratégie des organisations de femmes pour faire évoluer la situation ?

Nana Sanou : c’est le secrétariat permanent de la politique national genre qui doit veiller à l’application de cette loi. Peut-être qu’il faut redynamiser ce secrétariat. Il y’a des nominations qui se passent, mais il faut que nous ayons une base à partir de laquelle on peut désormais suivre ces nominations. C’est cette base qui manque si aujourd’hui. Si on a des données par rapport à n’importe quelle nomination par décret, décision ou arrêté, combien de femmes et par structure, ça permettrait de suivre.

Femmeplus : quel message aux femmes par rapport à la loi 052 pour les activités à venir ?

Nana Sanou : Je dirai même aux hommes parce que ce n’est pas seulement les femmes qui pourront faire appliquer la loi. C’est avec les hommes qu’on le fera. En tant que femme si on n’a pas la même lecture de la loi comme avec les hommes, la mise en œuvre va être difficile. C’est pour cela l’appel que je vais lancer c’est aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Voyons comment aller à l’application effective de cette loi. Travaillons à avoir la même lecture de la loi 052.

Femmeplus : que pensez-vous de la crise sociopolitique actuelle ?

Nana Sanou : c’est très regrettable qu’on se retrouve dans cette situation ! la CEDEAO était là dans la médiation, j’espère qu’on va trouver un terrain d’entente aussi bien la majorité que l’opposition.

Déjà, on a une situation sécuritaire très préoccupante ; aujourd’hui on ne parle même plus de nord. Tout le monde est centré vers le nord, le centre Mopti, Ségou. Qu’est-ce qui se passe à Tombouctou, Gao, personne ne le sait. S’il y’a une crise politique et sociale qui s’ajoute à cela, je pense qu’actuellement les Maliens souffrent.

Qu’il y’ait une discussion franche entre les parties et quand ils s’engagent que chacun respecte ses engagements.

Interview réalisée par Djélika Dembélé « Liza »

Femme Plus

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

fr_FRFrench
fr_FRFrench