Dérapages des jeunes griottes au Mali : les leaders traditionnels échouent-ils à rétablir l’ordre ?

 Dérapages des jeunes griottes au Mali : les leaders traditionnels échouent-ils à rétablir l’ordre ?

Elles jouent à exhiber leur or et argent pour se narguer entre elles, sauf qu’elles narguent en même temps les populations qui ont à peine de quoi manger. Elles s’attaquent ouvertement, sans retenue et sans égard pour les autres. Elles s’attaquent ouvertement, se clashent dans les chansons, pire que des rappeurs. Elles, ce sont les griottes de la nouvelle génération au Mali. Les anciens griots, gardients de l’héritage, montrent leur impuissance face à ces enfants. Aux nobles de les interpeller devant l’histoire.

Moctar Koné, président du Réseau des communicateurs traditionnels
RECOTRAD
Mamadou Kaladjoula Diabaté, président de l’association des griots de Bamako

Bourama Soumano, maître griot

« Auparavant, j’aimais assister aux concerts des griottes, aujourd’hui je n’en veux plus », ce sont les propos d’une dame malienne. Et si on lui demande la raison, sa réaction est presque emprunte de mépris « elles en font trop ».

L’excès des jeunes griottes maliennes et leurs attitudes attentatoires à l’éthique, choque les populations dans leur diversité. Et puisque rien ne semble les arrêter dans leurs dérives, et qu’il n’y a aucune réaction forte des anciens de la pratique, ces maîtres de la parole et du savoir, ces gardiens des valeurs traditionnelles, beaucoup de nobles ont tendance à jeter le discrédit sur le griotisme tout entier.

Un précédent nocif qui a servi d’inspiration

On le rengaine, lorsque vous êtes au devant de la scène, il faut avoir un comportement descent car d’autres pourraient s’en inspirer. A dire vrai, les dérapages dans le milieu des griottes n’ont pas commencé avec la jeune génération. Une célèbre griotte malienne est à la base de ce travestissement ; elle en a montré de toutes les couleurs ; et en son temps, les anciens ont royalement laissé faire. Conséquence : des jeunes griottes d’aujourd’hui semblent comprendre que dans leur milieu, il n’y a pas de réels garde-fous, chacun peut y aller en brisant à sa guise, les scrupules.

Certains griots pourraient rétorquer, comme on l’entend souvent d’ailleurs, que des tentatives de réconciliation ont échoué. Sommes-nous bien dans le Mandé que l’on chante encore et toujours ? Si oui, depuis quand, au Mandé, un enfant échappe à ses supérieurs ? Le mutisme des anciens parait comme un quitus aux jeunes qui dépassent les limites que des valeurs ancestrales érigées en règles ? Les vrais griots acceptent-il d’abdiquer face à une jeunesse « hors-la loi » qui a sérieusement besoin d’être recadrée ?

Que de nostalgie !

Doit-on paraphraser les propos que les griots repètent dans les chansons : « pour sentir l’odeur des vraies griottes de nos jours, il faut humecter le sol… ».

C’était précieux, le temps des anciennes griottes, Bako Dagnon, Awa Drame…, qui osaient à peine porter des bijoux, par respect pour l’ordre établi où l’ostentation était interdite aux hommes de caste.

A quelle pratique « griotique » assiste-t-on aujourd’hui ?

Si les anciens griots ne réagissent pas à temps, ce sera le déclin du djéliya authentique qui en a assez perdu. Lorsque ceux qui sont sensés défendre et sauvegarder les valeurs séculaires, violent allègrement les règles fondamentales de nos sociétés traditionnelles, que reste-t-il ? Quel crédit leur accorder finalement ?

Où sont les multiples associations de griots au Mali ? Recotrad, l’association des griots de Bamako, mandé, Ségou, Kayes, Kita… Le jeune maître d’élèves griots, Bourama Soumano, que faites-vous.

Au-delà de l’attitude des griottes, c’est la crédibilité d’une pratique identitaire qui est en jeu. Les nobles silencieux vous observent.

Mama Samaké

Femme Plus

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