La voix inaudible des victimes de viol : témoignage d’une jeune élève

 La voix inaudible des victimes de viol : témoignage d’une jeune élève

Photo d’illustration


Imaginez une jeune fille innocente et insouciante violée dans la rue et contracte une grossesse ! C’est l’histoire de Aminata T., élève en 10e Année. Ecoutons son témoignage.

Femmesplus : Expliquez-nous comment s’est arrivé ?
Aminata T. : C’était un dimanche le 21 janvier 2018 aux environs de 20 heures. Je rentrais du mariage de ma cousine. Je marchais seule dans une rue obscure sans peur parce que j’avais déjà emprunté cette voie. J’étais épuisé avec mes chaussures aux talons hauts. A ma grande surprise, quelqu’un m’a attrapé par ma coiffure. Et à peine je retourne ma tête, une autre main sur ma bouche, m’empêchant tout cri d’alerte. Ils étaient deux. Comme vous le savez, Niamana est un quartier périphérique de la ville, j’ai riposté de toute ma force cette nuit. Mais hélas ! A tour de rôle, ils m’ont violée et laissée inconsciente. A l’époque, je n’avais que 15 ans et je n’avais jamais connu un homme à fortiori deux. « Elle n’est pas mal mon pote », ce sont les mots des bourreaux qui me sont restés dans la tête.

Femmeplus : Aviez- vous pu les reconnaitre?
Aminata T. : Non ! Mais les deux étaient grands de taille.

Femmeplus: Quelle a été la suite?


Aminata T. : Gisant dans le sang et la poussière, un bienfaiteur me transporta à la maison. Et deux mois après, j’ai su que j’étais en état de grossesse. Ma famille a gardé le silence pour raison de dignité.

Femmeplus: Qu’aviez-vous fait?


Aminata T. : J’ai pensé à l’avortement, même au suicide ! On m’a fait la morale pour que je puisse accepter cette volonté divine parce que je suis issue d’une famille religieuse. Et j’ai finalement accouchée d’un garçon !

Femmeplus : Aminata, Le silence a-elle été une solution?


Aminata T.:
Non ! Mais, malheureusement dans notre pays, la dénonciation aussi n’a pas de réponse. Celles qui sont violées se sentent souvent coupables.

Femmesplus: Comment vivez-vous votre vie aujourd’hui?


Aminata T. : J’ai l’impression que tout le monde me regarde jusque-là. Surtout si Mohamed les fatigue. Mohamed, c’est le nom qu’on a donné au fruit de cette nuit.

Femmeplus : Les difficultés sont nombreuses, j’imagine ?


Aminata T. : Mettez-vous à ma place et répondez à mon garçon d’un an. Papa inconnu ! Comment vais-je lui répondre après ? « Maman, où est mon père » ? C’est frustrant ! Si l’enfant grandit…

Femmeplus : Selon vous, que vaut la dénonciation ?


Aminata T. : Ce n’est pas évident de dénoncer pour mon cas. Même, les cas où les bourreaux sont connus, les enquêtes de la police et la justice restent sans suite parce que l’argent est roi.

Femmeplus: Que faut-il faire pour empêcher d’autres personnes de subir le même?


Aminata T. : L’Etat doit songer à mettre en place une politique nationale de soutien aux victimes de viols, cela dans la dignité humaine. A côté de cela il faut une justice juste.

Propos recueillis par Kadiatou COULIBALY

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