Rapport annuel 2020 de Amnesty International : constats de diminution des condamnations et d’exécutions, mais…

 Rapport annuel 2020 de Amnesty International : constats de diminution des condamnations et d’exécutions, mais…

Par Bintou Coulibaly

36 % de condamnations et d’exécutions en moins à travers le monde, soit le taux le plus bas depuis dix ans. C’est ce que souligne le rapport mondial sur les condamnations à mort et les exécutions en 2020, de Amnesty International Mali. C’était lors d’une conférence de presse tenue le 21 avril 2021 dans les locaux de l’organisation à Bamako.

Au moins, 483 personnes ont été exécutées dans le monde en 2020, à la connaissance d’Amnesty International, exceptés : la Chine, la Corée du Nord, la Syrie et le Viêt-Nam. Ce chiffre désolant est cependant le plus faible qu’Amnesty international ait enregistré depuis au moins 10 ans.

Il représente une baisse de 26% par rapport à 2019, et de 70% par rapport au pic de 1634 exécutions recensées en 2015. Le rapport indique que cette chute du nombre d’exécutions résulte de la baisse enregistrée dans certains pays non abolitionnistes et, dans une moindre mesure, de l’interruption des exécutions décidée dans certains cas en raison de la pandémie.

Le nombre d’exécutions recensées en Arabie Saoudite a chuté de 85%, passant de 184 en 2019 à 27 en 2020, et de plus de 50% en Irak, de o% il est passé de 100 en 2019 à 45 en 2020. Aucune exécution n’a été recensée à Bahreïn, au Belarus, au Japon, au Pakistan, à Singapour et au Soudan, alors qu’en 2019 ces pays avaient tous appliqué des sentences capitales.

Impact du COVID 19 sur les procédures judiciaires

Le nombre de condamnations à mort recensées à travers le monde (au moins 1477) a également diminué, avec une baisse de 36% par rapport à 2019. Amnesty international a relevé une diminution du nombre de condamnations à mort dans 30 des 54 pays où des sentences capitales ont été recensées.

Selon le rapport, cette baisse est apparemment liée dans plusieurs cas à des retards et des reports concernant les procédures judiciaires dues à la pandémie.

Des exécutions malgré le contexte de la pandémie

Selon le communiqué de presse de Amnesty International, les difficultés sans précédent engendrées par la pandémie de COVID-19 n’ont pas suffi à dissuader 18 pays de procéder à des exécutions en 2020.

Les exceptions les plus notables à cette tendance ont été observées en Indonésie, où le nombre de condamnations à mort recensées en 2020 (117) a augmenté de 46 % par rapport à 2019 (80).

En Zambie, 119 condamnations à mort ont été prononcées en 2020 (soit 18 de plus qu’en 2019), ce qui représente le chiffre le plus élevé enregistré en Afrique subsaharienne.

Ce communiquer relate qu’ils figurent au nombre des pays qui ont en 2020 procédé à des exécutions, l’Egypte où le nombre d’exécutions a triplé par rapport à 2019, et la Chine, où la répression annoncée des infractions liées aux mesures de prévention visant à juguler la pandémie de COVID-19 a abouti à la condamnation à mort et à l’exécution d’une personne au moins. Parallèlement à cela, le gouvernement de Donald Trump aux États-Unis a repris les exécutions fédérales après une pause de 17 ans, et a mis à mort 10 hommes en moins de six mois, ce qui est ahurissant.

L’Inde, Oman, le Qatar et Taiwan ont également repris les exécutions en 2020.

Tandis qu’un combat était livré à travers le monde pour protéger la vie des personnes face à la pandémie de COVID-19, plusieurs gouvernements se sont, de façon inquiétante, acharnés à recourir à la peine de mort et à procéder à tout prix à des exécutions, a déclaré Agnès Callamard, Secrétaire générale d’Amnesty international.

COVID 19 et atteintes graves aux droits de l’Homme

Pour Amnesty International, la peine de mort est un châtiment abominable, et la poursuite des exécutions en pleine période de pandémie ne fait que souligner davantage encore la cruauté qui lui est inhérente. Il est déjà difficile, dans le meilleur des cas, de s’opposer à une exécution, mais en raison de la pandémie, de nombreuses personnes sous le coup d’une sentence capitale n’ont pas pu avoir accès en personne à un avocat. Et, un grand nombre de personnes désireuses d’apporter leur soutien ont été contraintes de s’exposer à des risques considérables, pourtant évitables, pour leur santé.

Compte tenu du fait que 123 États ont soutenu l’appel de l’Assemblée générale des Nations unies en faveur d’un moratoire sur les exécutions, la pression s’accroit pour que ceux qui sont encore à la traine rejoignent ce mouvement.  Dans ce contexte de mouvement mondial persistant vers l’abolition de la peine de mort, Amnesty International demande au Congrès des Etats-Unis de soutenir les initiatives législatives visant à l’abolition de ce châtiment.

« Nous demandons aux autorités de tous les pays qui n’ont pas encore aboli la peine de mort de prendre les mesures nécessaires en 2021 pour mettre fin une fois pour toutes aux homicides judiciaires. Nous continuerons de faire campagne tant que la peine de mort n’aura pas été abolie partout et définitivement », a conclu Mohamed Elbéchir Singaré.

La conférence était animée par le Président dAmnesty International Mali, Ramata Guissé, directrice exécutive, et Mohamed Elbéchir Singaré, coordinateur-juriste.

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